Dans la perspective du prochain cadre financier pluriannuel de l’Union européenne pour la période postérieure à 2027, une étude réalisée pour la Commission européenne dresse un état des lieux des capacités numériques critiques de l’Union et identifie les principaux besoins d’investissement à venir.
Intitulée Study on the EU’s Critical Digital Capacities Deployment Beyond 2027, cette étude est accompagnée de plusieurs rapports thématiques portant notamment sur l’intelligence artificielle, les technologies quantiques, la robotique ou encore la cybersécurité.
L’annexe 7, consacrée aux technologies de cybersécurité et d’identité numérique, met en évidence les forces de l’écosystème européen mais également plusieurs fragilités susceptibles de freiner leur déploiement.
🟠 Un écosystème européen dynamique, mais encore fragmenté
L’étude souligne plusieurs atouts de l’Union européenne en matière de cybersécurité : un cadre réglementaire particulièrement développé, d’importantes capacités de recherche ainsi qu’un écosystème de PME spécialisées relativement dynamique.
L’adoption des technologies de cybersécurité devrait en outre continuer à progresser sous l’effet des nouvelles obligations européennes applicables aux entreprises et aux infrastructures critiques.
Plusieurs obstacles demeurent néanmoins.
L’étude identifie notamment le manque de coordination entre les États membres, la fragmentation des capacités nationales, les différences de maturité technologique au sein de l’Union ainsi que la pénurie de professionnels disposant de compétences opérationnelles en cybersécurité.
Elle souligne également la dépendance européenne à l’égard de fournisseurs extra-européens, notamment pour les services cloud, certains équipements informatiques et plusieurs catégories de logiciels de cybersécurité.
En matière d’identité numérique, la persistance de systèmes principalement nationaux constitue également un frein au développement de solutions interopérables à l’échelle de l’Union.
🟠 L’intelligence artificielle et la cryptographie post-quantique parmi les technologies prioritaires
L’intelligence artificielle occupe une place importante parmi les technologies identifiées comme prioritaires.
Les systèmes fondés sur l’IA et le machine learning peuvent notamment être utilisés afin d’analyser les comportements, détecter des anomalies en temps réel et automatiser certaines réponses aux incidents de cybersécurité.
L’étude souligne toutefois le caractère dual de ces technologies : l’intelligence artificielle peut renforcer les capacités de défense mais également permettre d’automatiser ou de perfectionner certaines cyberattaques.
Parmi les technologies considérées comme prioritaires à l’horizon 2028 figurent notamment :
- les systèmes de détection des menaces fondés sur l’intelligence artificielle ;
- les architectures de sécurité dites Zero Trust ;
- les solutions de protection contre les rançongiciels ;
- les technologies permettant de sécuriser les systèmes d’intelligence artificielle ;
- les puces sécurisées destinées notamment aux objets connectés ;
- les portefeuilles européens d’identité numérique et les systèmes d’identité décentralisée ;
- les technologies de cryptographie post-quantique.
Cette dernière technologie vise notamment à anticiper les risques liés au développement futur de l’informatique quantique, laquelle pourrait remettre en cause la sécurité de certains systèmes de chiffrement actuellement utilisés.
L’étude recommande ainsi le développement progressif de solutions capables de résister à ces nouvelles capacités de calcul, notamment dans les secteurs considérés comme critiques.
🟠 Quatre grands axes d’investissement
Les besoins identifiés pour les prochaines années sont structurés autour de quatre principaux axes : le déploiement technologique, les infrastructures, les compétences et le développement de l’écosystème européen.
À l’horizon 2028, l’étude envisage notamment :
- le déploiement de systèmes de détection des menaces reposant sur l’intelligence artificielle dans les activités quotidiennes des banques, des fournisseurs de services cloud et de certains sites industriels ;
- le déploiement cohérent du portefeuille européen d’identité numérique dans les États membres ;
- le développement d’environnements permettant de tester les architectures Zero Trust et les solutions de cryptographie post-quantique ;
- le renforcement des centres opérationnels de sécurité et des plateformes permettant de simuler des cyberattaques ;
- le développement de solutions de cybersécurité accessibles aux PME ;
- le renforcement des capacités européennes de production de composants et de puces sécurisés.
L’étude insiste également sur la nécessité de développer les compétences disponibles au sein de l’Union.
Elle envisage notamment l’organisation de formations intensives consacrées à la cryptographie post-quantique, au développement sécurisé de logiciels ou encore à la gestion des incidents de cybersécurité dans les environnements industriels.
Elle préconise également le développement de plateformes permettant de renforcer la coopération entre chercheurs spécialisés en cybersécurité et acteurs de l’industrie.
🟠 Des objectifs de plus long terme à l’horizon 2036-2040
À plus long terme, l’étude envisage également plusieurs projets structurants.
Parmi ceux-ci figurent notamment le développement d’une infrastructure européenne de communication sécurisée contre les futures attaques quantiques ainsi que la création de capacités européennes de confidential computing reposant sur des infrastructures et processeurs sécurisés.
L’utilisation de jumeaux numériques est également envisagée afin de reproduire virtuellement certaines infrastructures critiques – telles que des réseaux électriques, des systèmes de transport ou des établissements hospitaliers – et de tester leur résistance à différents scénarios de cyberattaque.
🟠 Conclusion
Cette étude met ainsi en évidence un changement d’échelle dans les besoins européens en matière de cybersécurité et d’identité numérique.
Au-delà du développement de nouvelles technologies, le renforcement de la résilience numérique européenne suppose désormais leur déploiement effectif au sein des entreprises et des infrastructures critiques, mais également le développement d’infrastructures communes, de standards interopérables et de compétences spécialisées.
La réduction des dépendances technologiques à l’égard d’acteurs extra-européens et l’amélioration de la coordination entre les États membres apparaissent également comme des enjeux centraux pour les prochaines années.
Ces orientations devraient ainsi contribuer à nourrir les arbitrages du prochain cadre financier pluriannuel de l’Union européenne et, plus largement, la stratégie européenne visant à renforcer son autonomie et sa résilience dans le domaine numérique.